Une histoire tirée par les cheveux
- Pathologie du cuir chevelu
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Le cas clinique
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À vous de jouer !
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Co-prescription et conseils
Présentation du cas clinique
Cette petite fille de 8 ans se fait régulièrement tresser les cheveux. Dans la nuit qui suit la séance de tressage, elle signale à ses parents une douleur localisée du cuir chevelu qui va aller en s’amplifiant, motivant le retrait des nattes; le cuir chevelu qui était initialement normal va devenir en 48 heures érythémateux puis bulleux et pustuleux motivant une consultation aux urgences.
La patiente est alors traitée par amoxicilline et acide clavulanique et une pommade à la sulfadiazine argentique : les lésions inflammatoires régressent laissant place à une vaste plage d’alopécie cicatricielle. Il n’y a pas d’inflammation ni d’hyperkératose en péri-pilaire, pas d’aspect dermoscopique spécifique et le reste de l’examen dermatologique est strictement normal.
Une biopsie est alors pratiquée: l’aspect histologique est celui d’une alopécie cicatricielle (absence de follicules pileux) avec une ébauche de décollement épidermique et des globules rouges extravasés; on note par ailleurs la présence d’un infiltrat inflammatoire mononuclé avec renforcement péri-annexiel. La coloration par le PAS (Periodic Acid Schiff) est négative.
À vous de jouer
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Diagnostic retenu
La reprise de l’interrogatoire nous apprend que la jeune patiente a mis sur sa tête, juste après le tressage, son casque pour aller faire de la bicyclette, ce qui semble avoir déclenché les premières douleurs localisées du cuir chevelu. La pression du casque sur les nattes a probablement accentué l’agression mécanique du follicule pileux et aboutit à une alopécie de traction suraiguë via des phénomènes d’œdème puis d’ischémie suivis d’une nécrose. Une publication de 2021 en tout point identique à la nôtre arrivait à la même conclusion.
La folliculite de traction est classique chez les patients qui sont souvent tressés et très serrés. Elle peut aboutir à long terme à une alopécie progressive cicatricielle définitive; une traction aiguë très violente (accidentelle ou lors d’un coiffage) pourrait aboutir à une nécrose des follicules à l’origine d’une alopécie aiguë.
Explication des mauvaises réponses
- Une teigne doit être systématiquement évoquée devant toute pathologie du cuir chevelu de l’enfant. Le kérion est à l’origine de lésions très inflammatoires, nécrotiques pouvant évoluer rapidement vers une alopécie cicatricielle en l’absence de traitement adapté. Ce diagnostic est ici éliminé par la coloration au PAS négative.
- La survenue successive d’érythème douloureux puis de phlyctènes puis de croutes et enfin d’une alopécie cicatricielle évoque une brûlure thermique ou caustique mais l’interrogatoire n’a retrouvé aucun soin associé au tressage.
- La présence de bulles et non de papules folliculaires et surtout la rapidité d’évolution ne sont pas en faveur d’un lichen plan pilaire, par ailleurs exceptionnel dans cette tranche d’âge.
Traitement
Aucun traitement proposé à ce stade d’alopécie cicatricielle.
Message de l'expert
La folliculite de traction induite par le tressage des cheveux est œdémateuse et réversible dans la plupart des cas mais elle peut évoluer vers une nécrose définitive des follicules pileux si l’agression mécanique est trop violente ou trop chronique.
Références :
Johns HR, Wright TS, Pourciau CY. Acute onset traction-associated ulceration and alopecia. Pediatr Dermatol. 2021;38(Suppl. 2):103–105
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